Ecouter n'est pas toujours bien entendre

onpcca1erjuin2019bis.jpg

Vous êtes nombreux à avoir réagi aux propos tenus par Christine Angot (CA) en fin d’émission ce samedi 1er juin, alors que Laurent Ruquier (LR), présentateur animateur, l’invitait elle, ainsi que Charles Consigny (CC), binôme chroniqueur, à conclure sur le travail de « petit artisan » évoqué par le dernier invité à s’exprimer, Franz-Olivier Giesbert (FOG). 

Il convient tout d’abord de rappeler que les propos en question suivaient un échange entre LR et FOG au sujet de son roman « Le schmock », après le témoignage apporté par Ginette Kolinka avec « Retour à Birkenau », lequel précisait :


« Moi c’est un roman, justement après le très beau témoignage qu’on a eu, c’est tout à fait autre chose (…) et c’est quoi un roman ? Au fond, vous créez, vous inventez des personnages (…). Je ne suis pas du tout dans un récit, je n’ai pas écrit un livre pour raconter ce qui se passe aujourd’hui, je raconte cette période fascinante du XXe siècle où tout le monde va dans le mur, c’est incroyable, sans s’en rendre compte. » 
LR : « Et c’est pour cela que c’était intéressant d’avoir ce soir sur le plateau (…) et Ginette Kolinka pour son livre et vous pour « Le schmock » parce qu’au fond ce livre là (désignant celui de GK) raconte l’horreur, ce qui s’est passé dans les camps à cette époque-là et là, à travers un roman (désignant celui de FOG), on comprend comment on en est arrivé là. »
FOG « Mais vous savez pourquoi ? C’est la force du roman. Moi je fais partie de ceux qui pensent que le roman c’est presque un genre supérieur, parce que vous pouvez tout mettre dedans mais c’est, comment dire, un travail de petit artisan (…). On écrit pour les lecteurs, pour aujourd’hui, pour faire passer des messages, pour faire passer des sensations. »


LR : « Alors, encore un mot, quelques mots sur le travail de ce petit artisan, CA et puis CC ?  Christine ? »


Laquelle lui répond alors, dans ce contexte, ainsi qu’à FOG :


CA : « C’est-à-dire que ce que vous dites là tout à l’heure sur une période « où l’on va dans le mur sans se rendre compte », qu’on peut comparer avec ce qui se passe aujourd’hui, c’est la vertu aussi quand-même d’un roman, c’est que ce qu’on entend aujourd’hui c’est oui : « faire avec », voilà il y a aussi cette idée-là : oui ben « on fera avec » soit « ça ne marchera pas », soit « on fera avec » ; là c’est un truc qu’on reconnaît beaucoup (…)»


Appuyée par FOG qui cite dans le même ordre d’idée entendue : « « Il ne faut pas stigmatiser », c’est une phrase qu’on entend déjà à l’époque » (…)


CA poursuit : « Oui voilà et ce qui est intéressant je trouve quand vous dites qu’il y a des gens qui ne se sont pas rendu compte, tout ça, mais c’est justement parce que c’est ceux-là qui sont importants ; c’est-à-dire ceux qui ne se rendent pas compte de ce qu’ils véhiculent et de ce qu’ils disent. Parce que bon il y a les vrais antisémites mais ceux-là « on les adore » parce qu’au moins on peut les repérer, on sait où ils sont, on les repère tout de suite, donc « formidable » quoi ! Mais il y a tous ceux qui parlent sans savoir ce qu’ils véhiculent comme message et c’est dans ces périodes-là qui sont évidemment le plus difficile, et ce qui est intéressant dans la période qu’on vit aujourd’hui c’est que précisément, une des difficultés c’est que, avec cette histoire de concurrence des mémoires qui serait une chose vraiment « c’est terrible, il ne faut pas qu’il y ait une concurrence des mémoires, tout ça c’est pareil, tout le monde a souffert et les souffrances sont toutes à égalité», à force de vouloir indifférencier (…)»


Soutenue par FOG qui complète : « banaliser », 


CA acquiesce et poursuit : «(…)  les uns et les autres, et bien ça conduit à l’indifférence en fait de ce qu’a vécu un groupe de personnes ou une personne en particulier. Et là par exemple, on l’a rappelé tout à l’heure avec GK en parlant de camps de « concentration » ou de camps « d’extermination » donc qu’est-ce que ça fait ? Ça met l’accent sur le fait que le but avec les Juifs pendant la guerre ça a bien été de les exterminer, c’est-à-dire de les tuer et ça introduit par exemple une différence fondamentale, alors qu’on veut confondre par exemple avec l’esclavage et, l’esclavage des Noirs envoyés aux Etats-Unis etc. ou ailleurs où c’était exactement le contraire : c’est-à-dire l’idée c’était au contraire qu’ils soient en pleine forme (…) », 


Soutenue là encore par FOG qui reprend : « qu’ils soient en bonne santé », 


CA reprend : « qu’ils soient en bonne santé pour pouvoir (…) », 


Devancée par FOG : « travailler », 


CA poursuit toujours : « (…) les vendre et qu’ils soient commercialisables. Donc non, c’est pas vrai que les traumatismes sont les mêmes, c’est pas vrai que les souffrances infligées aux peuples sont les mêmes et c’est bien pour ça que l’on doit être attentifs, chaque fois à, aux détails, à la particularité et le roman permet ça par les personnages qui chacun vit des choses extrêmement singulières ».


Ainsi, non seulement vous l’aurez compris, les propos de CA se sont tenus dans le cadre d’une discussion, interactive et s’attachaient bien plutôt à souligner les spécificités de chaque souffrance endurée, citant « par exemple » l’esclavage, appelant justement au respect de chacune tant pour ce qu’elle a constitué d’horreurs spécifiques en son temps que pour ce qu’elle laisse de mémoire spécifique aujourd’hui pour chaque peuple au caractère d’autant plus identitaire et essentiel à préserver.
De la même manière, l’on pourrait évoquer les souffrances d’un corps humain en citant « par exemple » la souffrance rénale, spécifique au regard de la souffrance cérébrale ou cardiaque « par exemple » ou d’autres souffrances corporelles tout aussi spécifiques ; pour autant chacune restant incomparable car aussi singulière et reliée à un organe vital d’un même corps humain, à considérer dans et pour son « Humanité ».


Enfin, au besoin, sachez que ce programme reste accessible sur le site dédié une semaine durant depuis sa diffusion à l’antenne via le lien suivant : https://www.france.tv/france-2/on-n-est-pas-couche/on-n-est-pas-couche-saison-13/996603-on-n-est-pas-couche.html


Une écoute renouvelée vous permettra, sans doute, de percevoir les propos en question d’une autre oreille ?
Allier « écoute » et « entente » requiert quelquefois un regain d'attention objective et neutre, que l'on peut souhaiter, en l’occurrence, porteuse de réponse apaisante.

Cependant, soyez assurés que, conformément à la mission de la médiation des programmes, vos réactions ont été relayées, comme attendu, auprès des équipes concernées afin qu'elles en prennent connaissance.

Salutations attentives,

Fabienne Abbou - Chargée de la médiation des programmes